J’irai bétonner vos tombes !

Les citoyens de Kérity apprennent avec stupeur que la commune de Paimpol veut démolir LEUR presbytère ! Dans l’omission de toute concertation, on annonce de manière péremptoire que le presbytère « sera détruit, car ses murs s’affaissent ». Autant dire que notre patrimoine breton a contracté la rage…

À peine l’abbé Raoul mis en terre, les plans étaient même à l’étude, et la fontaine et sa croix également dans le viseur ! En effet, « 3000 m² s’étendent entre le presbytère et le Jardin des souvenirs : Idéal pour un lotissement avec vue sur la mer »! (source: le Télégramme). Il n’y aurait même plus de place pour mourir à Kérity !

C’est manifestement une logique de fait accompli.

Il fut pourtant question de réhabilitation, car ce patrimoine est classé « patrimoine réservé » en 2010 par le Conseil Général et classé en AVAP « Bâtiment de qualité en bon état d’origine » en 2015. Comment est-on passé du « bon état » à « écroulement imminent» en 2 ans seulement ? Même sans entretien et sauf tremblement de ciel, ou miracle immobilier, un bâtiment de cette qualité ne se dégrade pas à ce point aussi vite ! Ce manque d’entretien était prémédité, puisque déjà de son vivant l’abbé Raoul n’avait de cesse de déplorer l’absence d’écho à ses demandes de travaux.

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Ces fuites et infiltrations persistantes que l’ancien locataire l’abbé RAOUL avait signalées (ou plutôt dénoncées) n’ont jamais fait l’objet de réparation, ce qui témoigne d’une volonté DÉLIBÉRÉE de la mairie pour justifier le délabrement du patrimoine. Remarquez les croix destinées à repousser les démons

Mais penchons nous un peu sur l’histoire de Kérity pour savoir ce qu’on veut censurer : Depuis le 12è siècle, les 3 cloches de l’église St Samson sonnaient du haut de Ste Barbe. L’édifice fut donné en 1202 par l’abbaye de St Riom aux moines de l’Abbaye de Beauport. Entre 1859 et 1862, une nouvelle église fut édifiée au TERRON sur les plans d’Alphonse Guépin. « La vieille église, pauvre, laide, mal pavée avec des statues de saints grossièrement faites, avec un petit campanile percé pour trois cloches fut  abattue. Ses pierres servirent à construire le presbytère ».

Ce que la municipalité a décidé de faire disparaître est bien le reliquaire de l’église originelle. Il s’agit bien de gommer une part essentielle de l’histoire de Kérity. Pourquoi pas, tant qu’à défaire, rebaptiser le jardin du souvenir en « jardin Pierre Lotir ». Ce genre de démolition, hélas récurrente, est une atteinte intentionnelle à notre culture et au devoir de mémoire dont les politiques se gargarisent. Et alors que l’on fait des dépenses pharaoniques pour des projets urbains discutables, notre patrimoine culturel et spirituel, et bien évidemment touristique, est délaissé de manière calculée pour mieux être livré en pâture aux promoteurs…

Ce nouvel assassinat de patrimoine est déplorable, mais semble suivre l’exemple du génocide patrimonial en vogue. Pour autant qu’en disent les Kéritiens, les Paimpolais et tous ceux qui tiennent à leur racines ?

Fédération des Associations de Protection de l’Environnement Littoral FAPEL22

(*) Sources :

  • étude d’Olivier Pagès « croix et calvaires du Goélo maritime » ; Les Presses Bretonnes 1983)

  • Mgr Jean Kerlévéo: Paimpol au temps de l’Islande (réédité par le Chasse marée ou Ar Men)

  • La commune et la paroisse de kérity -Comité de Kérity 1998

  • Les carnets du Goélo n°3

  • « Kérity au début du siècle » Presses Bretonnes de St Brieuc

  • Inventaire préliminaire à l’étude du Patrimoine des communes de côtes d’armor

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