Qui sont les vierges noires ? QUI représentent-elles ?

Question simple. Quel jeu de piste pour trouver une réponse sensée…qui pourrait
commencer par la Vierge blanche, après tout ?

Dans un grand nombre de cathédrales, basiliques, églises, vierges blanches et vierges noires cohabitent. Si tout le monde connaît et honore la femme blanche et son enfant, la curiosité et le mystère entoure la femme noire (qui n’est absolument pas typée africaine) tenant, elle aussi, son enfant dans ses bras. Il en reste fort peu de ces Mères noires d’origine ; beaucoup sont des copies assez récentes. Pourquoi tant de «vandales» les ont volées… fait disparaître… détruites ?

De très bons livres sur ce thème nous conduisent à être convaincus que c’est la représentation de la déesse mère nourricière qu’on retrouve dans les cultes païens des civilisations primitives, Isis et Horus des égyptiens. La question est : que viendrait-elle faire dans des lieux chrétiens ?

Peut-être, alors, faudrait-il se débarrasser de l’aspect religieux pour ne considérer que
l’aspect Sacré, ce qui élargit le champ de réflexion. Il y a aussi des livres de pierre où il suffit de lever les yeux pour recevoir un enseignement, peut-être complémentaire : Chartres, portail Nord… On entre, on s’écarte un peu du porche, marchant vers le chœur, on se retourne : A droite, Notre-Dame-du-Pilier, copie de la vierge noire «volée» entourée d’un nombre de cierges toujours impressionnant. Puis, on lève les yeux jusqu’à la verrière sublime (offerte par Blanche de Castille). On a la surprise de constater que Sainte -Anne, puisque son nom est très visiblement inscrit, est noire et tient sa fille blanche dans ses bras.

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On pourrait en déduire que les vierges noires sont donc Sainte-Anne. Ce n’est pas la bonne conclusion, puisque l’enfant que porte chaque vierge noire est noir lui aussi. Pour ceux qui essayent, dans ce genre d’interrogation, de rester logiques et en dehors de toute littérature, il faut passer au niveau de la symbolique, prendre le message passé au début du XIIIe siècle, très certainement venant de bien avant, abandonner tout préjugé de dogme et le niveau «religieux» pour ne considérer que le «sacré». Se référer au Cantique des cantiques de Salomon saute à l’esprit :

«Je suis noire mais belle, filles de Jérusalem».

Mais QUI peut bien parler là ? Bernard de Clairvaux donne cette explication : ce serait l’Eglise, l’âme ou encore la Vierge, fiancée du Christ, de Dieu. (cf: oeuvre mystique de St Bernard)…

Après le torride prologue :

«Qu’il me baise des baisers de sa bouche.
Tes amours sont plus délicieuses que le vin»

Le premier poème :

«Ne prenez pas garde à mon teint basané : C’est le soleil qui m’a brûlée»…

Est-ce parce que la Bible est considérée comme un livre religieux qu’on se doive de
comprendre autre chose que ce qui est écrit, pourtant précisé dans le second poème :

« Mon bien-aimé élève la voix,

Il me dit: Lève toi, ma bien-aimée,

Ma belle, viens.

Car voilà l’hiver passé C’en est fini des pluies, elles ont disparu…»

Lisant simplement, sans aucune arrière pensée aucune, on plonge dans un sublime poème des amours de la terre avec le Soleil.

La description de l’Amant est claire, dans le 4 e poème :

«Sa tête est d’or, d’un or pur»

Le second poème :

«Voici qu’arrive mon bien-aimé
Sautant les montagnes
Bondissant sur les collines.
Mon bien-aimé est semblable à une gazelle,
A un jeune faon»

Comment ne pas voir le soleil se lever, sautant les montagnes… curieux poème à Dieu qu’on n’a pas l’habitude de voir comparé à une gazelle ou un jeune faon… Ce poème fait irrémédiablement penser à l’hymne au soleil d’Akhénaton :

«Tout de merveille, tu surgis à l’horizon céleste, Ô toi vivant Aton, aube de toute vie…
… L’ultime de ce que tu as engendré est baigné de tes rayons.
Aussi loin sois-tu, ceux-ci bénissent la terre…»

Alors, on pourrait considérer que les vierges noires seraient la représentation de Gaïa, Isis, Déméter… portant dans ses bras les semences qui ne pourraient ni germer, donc atteindre de maturité et par là-même nourrir, sans le soleil (la graine restant noire dans le noir). Elles rejoindraient ainsi toutes les statues primitives de la fécondité. Iconoclaste? Peut-être, après tout, sans doute. Il faut se débarrasser de tant de choses inculquées dans une éducation, une civilisation, pour retrouver l’Unité. Après tout, religion veut bien dire relier ; or, à l’heure actuelle, on ne voit que séparation, lutte, haine à cause d’elles ou plutôt en leur nom. Qui posera avec humilité son fardeau d’éducation pour trouver dans toutes les civilisations les facteurs communs qui rassemblent tout ?
On pourrait relier aux textes précédents la déclaration d’Aigle Noir, réponse au président des Etats unis d’Amérique lui proposant de racheter les terres de son peuple. L’aspect Sacré de la Nature y est clairement exprimé, comme la méfiance des indiens pour le respect des blancs « civilisés », de toutes religions… sauf dans l’inconscient de beaucoup d’occidentaux qui entourent les vierges noires d’un brasier de cierges, comme autant de petits soleils…
En ce qui concerne la noirceur de peau des saintes rattachées à l’histoire religieuse, on ne
peut clore ce chapitre sans évoquer la sainte vénérée par les gitans : Sainte Sarah ou Sarah la noire dont le sanctuaire est aux Saintes Maries de la mer. La légende raconte qu’après la mort du Christ en Palestine, les Saintes Femmes auraient été confiées à la mer sur une barque sans voiles et que le courant (ou Dieu) les auraient conduites jusqu’en Provence. Marie-Madeleine a fini sa vie dans la grotte de la Sainte-Beaume, c’est un fait et elle y est vénérée. Mais quelle dévotion à Sainte Sarah, quelle ferveur dans cette église fortifiée, sombre, « noire » et tellement vibrante. Qui est Sarah la Noire? Dans la légende provençale on en parle comme d’une servante à la peau sombre ayant accompagné les Maries…ou les ayant accueillies…

Qu’a donc de particulier cette servante ? Qu’a-t-elle fait pour être honorée à ce point?
Peut-être faut-il retrouver la symbolique ancienne, le noir pouvant être le symbole de ce qui est caché (ou doit le rester) comme la semence reste dans la terre jusqu’à ce que le soleil la fasse germer, ce qui est révélé serait représenté par le blanc.
– Marie est toujours blanche, tout comme son fils. Elle a accompagné publiquement la mission de son fils.
– Une partie de la mission de Sainte Anne serait restée secrète, mais une partie seulement, puisqu’on la voit le plus souvent représentée blanche, sa fille blanche dans les bras, parfois avec son petit fils complétant l’ensemble.
– Mais Sarah est toujours «Sarah la noire». Serait-ce elle, la vierge noire? mais alors, qui est l’enfant qu’elle porte ?

Repoussons toujours les interdits d’éducation. La lecture des manuscrits de Nag Hamadi, et particulièrement l’Évangile de Marie donne un éclairage aveuglant sur le personnage de Marie-Madeleine, puisqu’il s’agit de son Évangile. Elle est la compagne du Christ, comme disciple aussi. Est-ce à ce titre que, toujours représentée blanche, elle sera pour des siècles marquée du sceau de la pécheresse, noircie moralement ?
(La pécheresse, celle qui renvoie au roi pêcheur de la table ronde) La compagne du Christ? ou Son épouse?
Évangile selon Saint Jean, II 1-12 : Les NOCES de CANA
Marie, la mère du Christ est invitée. «Son fils ainsi que ses disciples aussi».
Invitée ? Mais pourquoi donc joue-t-elle un rôle qui n’est pas du tout le sien..; et ne lui ressemble absolument pas ? Il n’y a que la maîtresse de maison qui puisse souligner qu’elle n’a pas prévu assez de vin pour le mariage de ses enfants. Certainement pas une invitée: ce serait une grossièreté indigne de la qualité de Marie. Tout invité aurait minimisé et dit:«ils ont bu bien assez de vin…»
La fin du récit est tout aussi révélateur et clair au sujet de la qualité des soi-disant invités qui sont, ainsi, désignés comme les hôtes:«le maître d’hôtel appela le marié et lui dit: « tout le monde sert d’abord le bon vin, puis, quand les gens sont gris, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon jusqu’à maintenant». Le marié est donc désigné: c’est Jésus, c’est le Christ.
Probablement, sa mère avait voulu et fait en sorte qu’il accomplisse pour cette occasion ce miracle. Ce qui lui permet, à elle et à elle seule et dans ce contexte de faire une réflexion en ce sens. Il y a des règles de savoir vivre d’une part, mais aussi de pure charité qui font que, Marie, moins qu’une autre, aurait pu faire remarquer à une maîtresse de maison qu’elle avait été totalement imprévoyante, parcimonieuse.
Ne reste qu’une interrogation qui traverse tous les évangiles: mais où est donc Joseph,
l’époux de Marie ? Pourquoi cacher que le Christ s’est marié?
N’est-ce pas extrêmement important de savoir que Marie choisisse l’occasion du mariage du Christ pour provoquer son premier miracle public ? Le mariage ne serait donc pas sacré ? Comment concevoir que Dieu s’incarne dans un corps d’homme seulement pour quelques parties dites nobles de notre anatomie? Ou alors, c’est l’ensemble de la femme qui est une erreur ? Qui est Marie alors: celle qui rachète les saletés de toutes les autres?

Ou l’amour ne serait que sexe? Pourquoi deux mots différents, alors ! Et si le Christ, avec son épouse, nous avait montré toute la puissance de l’Amour et comment nous devions utiliser cette «Force Sacrée» (cf: dialogues avec l’ange)
Bien sûr, Marie, la Vierge, est la maîtresse de maison aux Noces de Cana et il s’agit du
mariage de son fils avec Marie-Madeleine: les fragments de l’Évangile de Marie (Madeleine) retrouvés à Nag Hamadi ne laissent pas de doute sur un enseignement donné à cette femme, plus intime encore que les disciples, ce qui suscite de violentes réactions de Pierre, qui font pleurer Marie..; et éclairent sur le côté très misogyne de ce qui sera la religion chrétienne. En ce cas, il y a fort à parier que Sarah serait la fille du Christ et de Marie Madeleine; « la noire » à ce moment là, se traduirait par «en secret, dans l’obscurité». La représentation de Sainte Anne, noire, dans la verrière Nord offerte par Blanche de Castille à Notre Dame de Chartres, voudrait alors signifier qu’une partie de sa mission serait restée secrète. Il est à noter que ses reliques ont rejoint dans le midi celles des Saintes Maries puisqu’elles sont à Apt. Pour en revenir strictement aux vierges noires, nous rendons sans doute un hommage flamboyant à Anna Gaïa Isis Sarah. La reine de Saba, noire, qui,«païenne», adorait le soleil. Féminin de chaque être,
portant en lui la promesse de toute création, ayant ce besoin absolu du soleil pour le féconder, germer, faire apparaître au grand jour et le porter à maturité.

Turner a rendu un hommage vibrant à leur Amant dans «le soleil après le déluge», peut-être…

Hildegarde 2011

Sources bibliographiques :
-La Bible – Ancien Testament
– Nouveau Testament
-«Les dialogues avec l’ange» ed: Aubier
-«Le Coran» sourate 27
– Les manuscrits de Nag Hamadi ed: Le jardin des livres
– Les oeuvres mystiques de Bernard de Clairvaux ed: La pléiade
– Discours du chef Seattle de la tribu des Duwamish en réponse à la proposition du président des USA du rachat de leurs terres.
-«L’énigme sacrée» éd. Pygmailon
-«La femme au flacon d’albâtre» Margaret Starbird ed: Guy Trédaniel
-Un site intéressant où on retrouve certaines idées exposées ici:«Marie Madeleine.com», mais ne sont pas à l’origine de cet article puis que l’auteur n’a découvert ces thèses qu’après avoir achevé cet exposé.

 

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