L’Huydre paimpolaise

 

Le projet des zones de stockages ostréicoles de Port-Lazo à Kerarzic est annulé. Donc, Ouf !

En effet, la bande élus-ostréiculteurs ayant été déboutée de son projet de village ostréicole en espace remarquable, elle n’a pas tardé à revenir par la porte de derrière… et essuyer une nouvelle fois un cuisant rejet populaire.

Encore une fois on l’a échappé belle, mais « Ouf » pour combien de temps encore ? Faut-il se satisfaire d’avoir repoussé ce énième assaut ou vaut-il mieux persister pour noyer enfin ces velléités d’invasion littorale par une minorité d’affairistes ? On dirait une hydre à cent têtes, plus on en coupe, plus il en repousse.

La victoire d’EVA/FAPEL22 dans l’affaire de Boulguef/Kerquestel a conforté la population sur le fait qu’il n’est plus de mode de se résigner, a fortiori devant l’état désastreux dans lequel on a plongé notre environnement tant local que mondial… Ça fait 30 ans que les ostréiculteurs empiètent sur le Domaine Public Maritime pour le détériorer, l’empierrer et faire une guerre incessante aux pêcheurs à pied… C’est une véritable mafia qui se croit en pays conquis, encouragée par certains responsables au point dorénavant d’aller s’attaquer aux terriens pour leur disputer leurs plus beaux sites !

Les gens du pays en ont marre. Même dans le « milieu » se manifeste une majorité silencieuse qui ne cautionne plus… Ils sont ostréiculteurs depuis des générations, elle confie : « là-bas chez nous il n’y a plus de naissain, ils ont tout foutu en l’air, et ici ce n’est que le début. Si vous laissez faire, vous verrez, ils vont tout bousiller aussi »… Qui sont-« ils » ? à Marennes-Oléron, « ils » sont une minorité. En 2009, ce bassin comptait 1053 exploitants dont 85 seulement partisans des transferts inter-bassins. L’envasement croissant y a grevé presque 50% de la surface exploitable, il faut donc intensifier la production et aller prospecter ailleurs. Quitte à desservir leur profession, cette minorité vient donc chercher chez nous une solution à leurs problèmes sanitaires aggravés par le rétrécissement du périmètre de rentabilité de bassin…

Et ils viennent avec des promesses de label et d’emplois, et bien sûr tout va s’arranger. Mais au final les problèmes s’amoncèlent avec les déchets et la montée des eaux d’égout. En dépit des litanies de moins en moins rassurantes, les trafics génèrent des préjudices permanents, l’estran mis à mal est semé de vigiles et piqué de miradors. La pollution se répand, les huîtres crèvent et la pêche à pied est désormais réputé insalubre. Les rapports passés au tamis politique maquillent sans vergogne les atteintes aux habitats et à la faune NATURA 2000, jusqu’à oser vanter que les huîtres contribuent à clarifier l’eau polluée ! Tout semble permis, même si les mensonges éloquents passent de moins en moins. Il faut mentir de plus en plus grossièrement devant l’évidence, car, ô suprême chantage, des emplois sont dans la balance… la santé publique aussi, d’ailleurs, mais quel « intérêt » y aurait-il à alerter l’opinion ?

L’arlésienne des emplois, trop facile ! On attend les chiffres preuves à l’appui… en attendant, libre à nous de traduire : intérêts privés…

Le Millenium Ecosystem Assessment et le Centre d’Analyse Stratégiques ont estimé qu’à côté des valeurs fondamentales morales éthiques esthétiques et patrimoniales, l’environnement génère des ressources au double du PIB mondial. La dégradation de nombreux écosystèmes entraîne des pertes économiques énormes. Invoquer des emplois corporatifs en compensation d’atteinte à l’environnement est donc un prétexte passé de mode et absolument suicidaire. Alors, combien d’emplois gagnés sur la marée pour deux fois plus d’emplois enfouis dans la vase ? Combien préservés ou rendus dans le respect de la nature et de l’état sanitaire de nos eaux ? Combien de ressources « bio » pourront être restituées et d’espace de vie rendus aux pêcheurs quand on cessera enfin de gober les promesses politiques et se laisser agresser par quelques étrangers venus piller nos grèves ?

Un miroir viendrait à bout de cette « Huydre ». Un reflet laiteux révèlerait le vrai visage de ses Attila de la culture intensive, naufrageurs d’une profession et de son espace de travail. Elle y verrait sans doute le double masque du chantage à l’emploi par devant et de ses fraudes nocturnes par derrière. Le côté grossissant du miroir révèlerait ses virus, ses vibrions et ses algues toxiques diffusés par les échanges inter-bassins. On apercevrait ses coliformes, ses Helicobacter, ses clostridies, son manteau lesté de métaux lourds, auréolé de pesticides et enrubanné d’une kyrielle de résidus médicamenteux, et tout le distillat de l’écrémage percolé par la grande marée pavillonnaire. Bien entendu, on ne pourrait plus louper ce large flou à l’interface politico-administrative…

Tout en parlant une évidence m’apparaît : tous ces projets d’annexion intéressent le DPM (Domaine Public Maritime). Or, les réunions d’information étaient organisées par les élus et les ostréiculteurs. A ma connaissance il n’y avait face à la population aucun représentant de l’état, lequel est quand même propriétaire et gestionnaire ! Ça rappelle toutes ces grèves où le public excédé est pris en otage sur les quais par une minorité corporative syndicale… Or, ce n’est pas la CGT qui est propriétaire de la gare, mais bien l’état ! … Et on voit là toute la lâcheté et l’incompétence de l’état qui abandonne le citoyen face aux collusions mafieuses… Eh bien c’est ici, au plan local, que ça commence, et nous en avons une magnifique illustration avec ce genre de réunion bidon destinée uniquement à engourdir le public dans un syndrome de Stockholm, alors que sur la grève la pelleteuse et les gravas sont déjà là… et pendant ce temps là, l’état fasciste qui a tourné le dos préfère plutôt occuper sa police à nous coller des contredanses…

… Par exemple, début 2013, un ostréiculteur Charentais terrassait la grève à coup de pelleteuse en NATURA 2000 devant l’île St Riom. Eh bien, en dépit d’une verbalisation, le Préfet n’a pas donné suite… Polices impuissantes, révoltées, elles aussi, de ne pouvoir accomplir leurs vraies missions…

Mais nous sommes en Bretagne, au pays d’irréductibles gaulois ; ce n’est pas quelque arriviste parisien et quelques romains d’Oléron qui vont réussir à troquer leurs huîtres polluées contre notre paradis, nos plages, nos crevettes, nos praires et notre bon vivre…

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