Baie bactérioactive

Épargné le temps d’un été radieux, le site exceptionnel de Kerquestel s’est livré aux amoureux de la nature et de la Bretagne. Sa fontaine défoncée a lavé un peu de la plaie béante infligée par le projet de « village ostréicole ».

 Passée cette pause écologique, le président de la CCPG et son vice-président maire de Paimpol dénoncent pour la énième fois que ce projet est bloqué par « quelques personnes seulement » ! Pour un peu, ils tenteraient même de faire croire que « seulement » ces quelques empêcheurs d’affaire ont également fait capoter ce projet qui tourne en rond de Pors Even à Port Lazo, passant par Kerpalud et repassant par Boulgueff…

 Ce matraquage médiatique, très en vogue, pourrait aussi faire douter plus d’un millier de personnes d’avoir signé leurs protestations au bas de l’enquête publique ou sur la pétition contre ce projet… Ce millier d’électeurs excédés pourrait-il reprocher à quelques personnes courageuses de porter devant le juge leurs opinions bafouées ? En tout cas on n’a vu personne soutenir les diffamations de ces élus, ni aucune pétition citoyenne en faveur du projet d’urbanisation littorale…

 Une caution populaire aurait le grand avantage de faire avaler le million-et-demi de charges publiques supplémentaires, puisque ce sont les électeurs à qui  on aurait fait vouloir financer ce village à 3 millions d’euros (au moins) ! Pas étonnant que des prétendants se pressent au portillon pour investir un lot à si bon compte !

 Dans ces conditions, qui pourrait supposer que, tel des politiques cambodgiens, ces élus ont éludé les plaintes de propriétaires révoltés, mais ignorants, en leur faisant valoir en réunions publiques que l’expropriation était inévitable ! Et ils ont traduit ça dans les médias par « accord amiable » ! Et c’est comme ça qu’une douzaine de propriétaires effarés se sont crus impuissants devant les machines de guerre qui venaient sceller l’extorsion de leurs terres à grand coup de becs métalliques. En fait, la CCPG ne possède qu’une seule parcelle, et dans cette ambiance délictueuse, le suicide de son ancien propriétaire ne plaide pas non plus en faveur d’un « accord à l’amiable »…

 Il est vrai que les élections arrivent, et ces élus qui, eux, ne sont que quelques uns, s’agrippent contre vents et marées à ce projet, cherchent à forcer l’opinion publique, spolient de manière éhontée les intérêts de propriétaires et exploitants, voulant faire croire que ce projet sert moins des intérêts électoraux que l’intérêt général. Là encore,  le contribuable paie les frais de procédures, même s’il semble chaque jour plus difficile d’habiller en robe de justice un projet aux allures de plus en plus marseillaises.

 Le souci de revivifier l’économie est légitime, mais il n’est plus de mode s’il n’estime pas les dommages irréversibles que peuvent porter certains aménagements à l’environnement et l’écosystème, et à son économie touristique dont c’est la première motivation. Mais il sert encore trop de prétexte à bafouer le principe de précaution environnemental pour servir des intérêts discutables.

 La corporation ostréicole elle-même n’a de cesse de revendiquer la qualité de l’environnement, garante de son avenir. Ce ne sont pas quelques lots 4 étoiles en site classé dont elle a besoin en priorité, mais d’eau propre ! Or, depuis 40 ans la pollution de la baie de Paimpol ne fait que s’aggraver. Qui osera prétendre que la crise sanitaire sans précédent qui impacte cette profession n’a rien à voir avec la pollution littorale ? Ça n’empêche pas les élus de bétonner tous azimuts, de bitumer à tout va et contaminer les sources littorales, dont celle de Boulgueff, ruinant ainsi l’état sanitaire des cours d’eau, quitte à précipiter le monde ostréicole dans la pire tourmente qu’il ait jamais connue. Les huitres crèvent en masse et les élus font l’huître : Les diffusions obligatoires des alertes sanitaires ne passent pas le sas des mairies, et la liste récente des maladies de dangers sanitaires 1 et 2  fait l’impasse sur tous les germes que les fruits de mer décalquent dans nos assiettes : Il ne faut pas alerter la population pour ajouter un boycott aux désastres économique et écologique, illustrés par la mortalité des huîtres, la toxicité des poissons et l’insalubrité des fruits de mer…

 La situation actuelle est le bilan de la lâcheté politique de quelques élus, et quelques personnes seulement s’y opposeraient ? Quelle ironie !

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