Le long des golfes verts

Le monde ostréicole vit grâce à l’eau, et il en appelle de ce fait au respect de l’écosystème. Il n’a de cesse de revendiquer l’eau propre et la protection des zones humides, fondements de son gagne-pain. En effet, il est notoire que le respect de la biosphère est une priorité critique et que le bouleversement écologique menace gravement cette profession en avant-poste environnemental. Mais on cherche où est la cohérence entre cette exigence légitime et impérieuse, et une politique d’exploitation intensive assortie de dégâts collatéraux : trafics de poids lourds, bitumages et empierrements sauvages, pollution des quais et de l’estran, destruction de moulin à mer, de zones humides Natura 2000, etc. le tout sur ambiance de conflits grandissants avec les plaisanciers et pêcheurs indigènes…

Dans ces conditions on tourne le dos aux bonnes résolutions pour le bénéfice de quelques uns…

 Tout comme pour la corporation agricole, la réputation ostréicole est salie de plus en plus par un parti productiviste à outrance, pareillement adepte de ce remembrement qui se propage désormais des sources à la mer. Et tout comme chez leurs homologues terriens, beaucoup déplorent cette dérive et tentent de préserver la qualité et la sécurité alimentaire face à la pollution criminelle et à l’âpreté au gain.

 Mais tous (ou presque) sont victimes de l’incurie des élus…

 Ces élus, valets de groupes d’intérêts, œuvrent à l’urbanisation effrénée et à la pollution phénoménale de tous les bassins versants, couronnés par l’auréole d’algues toxiques qui coiffe la frange littorale. Depuis 30 ans, ils abandonnent terre et mer à une horde de spéculateurs de tous horizons, et dans le même temps concourent à la pollution grandissante de tous les ruisseaux côtiers… Les victimes de cette pollution littorale n’ont pas tous des poils : les huîtres aussi meurent, en masse… Alors, au lieu de mesurer ses fautes, l’élu préfère s’enfoncer dans des tentatives discutables de manipulations génétiques qui ne solutionnent en rien les risques sanitaires. Pour conserver ses avantages, il s’exerce aussi à offrir des compensations louches à certains groupes de pression minoritaires. Les médias inféodés sont chargés de contrôler l’opinion par la censure ou la propagande d’un consensus sur mesure…

Tout ce petit monde qui se tait et manipule, et qui n’hésite pas à mystifier ceux qu’il empoisonne, jusqu’à extorquer leurs cautions… La mafia me semble plus franche…

Qui osera faire avaler que la catastrophe écologique et sanitaire en marche ne soit pas due aux détergents, pesticides, métaux lourds, hydrocarbures, médicaments, à tous ces déchets charriés par nos ruisseaux mortifiés ? Combien savent que les scientifiques déconseillent de manger du poisson plus de 2 fois par semaine ? Qui prête attention aux interdictions de pêcher ou de consommer des crustacés ? Qui n’est jamais malade après en avoir « risqué » une douzaine ? Il faut se rendre à l’évidence, corrompues par ces fermentations délétères, les « huîtres fête », endossent peu à peu le label « huîtres fécales ». La situation est telle qu’aux embouchures littorales des égouts à peine épurés, la diffusion obligatoire des pics de pollution est passée  de publique (art. L124-1, L125-1 et suivants du code de l’environnement) à confidentielle, et il faut jouer au détective pour se procurer les analyses ou les bulletins sanitaires sur les maladies à Norovirus, Astrovirus, Colibacilles, hépatites A… et qui se mouillera à balancer ce qu’il en est des hospitalisations, voire de la mortalité, dus à la consommation de fruits de mer ?

Si cette omerta était étalée au grand jour, les exploitants se verraient « contraints » d’affronter les vrais problèmes et demander des comptes aux autorités au lieu de s’en prendre aux associations qui les empêchent de contribuer à saccager l’environnement…

Dans cette dérive morbide, les autorités coupables, mais pas responsables, innocentent leur incurie au nom de l’emploi, quittes à qualifier « d’intérêt général » leurs projets contestables ! La disparition de 75% de la biodiversité mondiale en 50 ans à peine en est le solde. De combien d’emplois se serait-on privé, en effet, en préservant banquises, forêts, bocages et océans ? N’est-ce pas un déploiement macabre de camps de concentration environnementaux aux seins desquels on assassine notre planète ?

Non, ce ne sont pas les associations de protection de l’environnement qui s’opposent à l’Arlésienne du soi-disant développement économique, mais il n’y a plus qu’elles pour lutter de manière courageuse et responsable contre les collusions qui menacent de plus en plus gravement notre sauvegarde et notre économie, et autant notre qualité de vie… que nos vies.

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