Un R pas frais

Février frissonne, Mars tourmente, Avril va découvrir et Mai nous emmêler… il est temps de profiter des derniers relents de cet r qui expire, à défaut de le ressasser, même si ce temps qui passe et repasse peut faire croire le contraire…

C’est sans doute ce qu’un ami pensait en moins romantique, avec un désir de déguster des huîtres en saison, avant qu’elles ne soient laiteuses ou trafiquées, mais je n’en aurai jamais résonance par sa bouche…: Comme celui qui avait partagé son festin, il a fait une gastro-entérite -j’ai envie de préciser : ça va de soi-, mais lui, fragilisé par une chimio, en est mort quelques heures plus tard…

Je l’avais pourtant bien alerté, lui et les autres, n’ayant pas pu mettre en garde ma Maman qui passait sa vie à la pêche et qui, elle aussi, a fini par périr d’une infection digestive à 82 ans. C’était sa dernière campagne de pêche à pied. Les ostréiculteurs, jaloux de leurs colonies côtières, ont fini par avoir sa peau… et combien d’autres encore ?

Après cet énième empoisonnement, j’ai demandé l’avis des autorités sanitaires, mais il s’avère délicat d’organiser une enquête épidémiologique dans une population exposée à des gastro-entérites environnementales. A mon sens, ce genre d’initiative, sujette au tabou politique, doit être amarrée dans les tiroirs. Mesurer la pollution de la baie, certes, mais ses conséquences sur la santé publique relève d’autres rouages (cf. rapport IFREMER)…

Et pourtant, il y a de quoi : La baie de Paimpol est gravement polluée par ses égouts et toutes cultures intensives confondues. Ce n’est pas récent : l’arrêté préfectoral classant la baie insalubre date de 2000, et depuis, IFREMER y va de ses rapports sur l’Hépatite A, le Norovirus ou la contamination fécale. Redresser la situation sanitaire reviendrait à renoncer à la fois au remembrement qui perdure et à l’urbanisation littorale cancéreuse. Les politiques font donc lâchement leur possible pour ne pas alerter l’opinion publique et éviter la classe C. J’ai même su qu’un élu cherchait (en vain) des complicités en haut lieu ! Et donc la situation s’aggrave, et donc on laisse pêcher en aval des égouts de Kerfot, et ce même quand les poissons y crèvent… Empoisonner tout un pays, sa faune, sa flore et ses gens, pensez donc ! Ça vaut bien les emplois générés par tout ce qui est en « -ure », (cures, censures… y comprises). Ça nous renvoie au champ de bataille de cette agriculture anti-bio qui, au nom du veau d’or en diarrhée, inocule ses poisons et leurs cancers à une population cobaye. Et c’est ainsi partout ; alors, à quoi bon instaurer le contre-exemple en guise d’exemplaire ?

Comme tant d’autres forçats de la consommation, Pierre a donc rejoint les anonymes victimes de la pollution. Cette situation est telle une hydre impossible à terrasser. J’ai même entendu un fonctionnaire (non responsable) faire remarquer cyniquement que de toute façon l’insalubrité locale était une constante historique. Rappelez-vous en effet le cimetière de Lanvignec… Pour ma part, je prétends que cet état découle d’une situation géographique, mais aussi « institutionnelle ». En effet, la situation encastrée de la baie de Paimpol est favorable à la réclusion d’eaux d’autant plus malsaines que chaque période de prospérité économique déclenchait une annexion des secteurs qui assuraient l’épuration naturelle du bassin versant. Hélas ! Rien n’a changé : La majeure partie des zones humides résiduelles se concentre sur notre littoral, et 70% de l’urbanisation est également littorale… Comment peut-on croire aux promesses d’amélioration de la qualité des eaux à un horizon barré par le bétonnage et les exactions politico-économiques ?

On pourrait donc ranger cette hystérie autodestructrice dans la catégorie « logique d’entreprise », ou bien « amnésie collective »… et pourquoi ne pas rattacher ça au bout du compte à l’autisme d’élus qui ne prennent aucune mesure face aux vérités avérées ?

Tout le monde a besoin de l’environnement, même VEOLIA dont les blindés sont à l’assaut de nos sources ne peut le nier, mais chaque intérêt compte sur le sacrifice des autres pour la forêt, la banquise, les ours blancs et les baleines. Chacun pour soi et la faute aux autres.

La logique de production intensive, qu’elle soit terrestre ou marine, se croit capable de passer outre les lois naturelles, et puis de toute façon, même si elle en parle pour mieux les enfreindre, elle s’en fout. « Tout est foutu, alors laissez les agriculteurs tranquilles ! », m’ont dit en guise de menace ces exploitants qui ont remembré jusqu’au mot Paysan…

Je compare notre société à un sportif de haut niveau qui détruit ici ses reins, là son foie, peu à peu ses poumons, préservant juste les intestins pour faire la graisse… tout ça pour libérer plus de place et de combustibles aux muscles… et pour finir, incapable d’échapper à la tyrannie du lobby musculaire, il recourt au rein artificiel : traduisez tout-à-l’égout et station d’épuration, et jugez de ses promesses, et de son coût…

L’esprit productiviste est d’ajouter, imposer en priorité sa logique et ses intérêts propres. La sagesse, elle, n’a pas de lobby. On ne vote pas chez nous pour un système sage, mais pour produire et empiler encore, et encore. La Terre ne vaut rien, un rein ce n’est rien si on ne peut les vendre. Tout doit rapporter.

Que de « r », en somme, dans cette croyance suicidaire en l’infinitude…

N’attendons plus les beaux jours, mangeons du cheval roumain plutôt que des huîtres bacillaires ou triploïdes… par les temps qui courent il devient salutaire, même si c’est illusoire, de manquer d’r

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