Blanchiment d’eaux sales

Depuis peu les médias vantent le déploiement du tout-à-l’égout dans notre campagne. Cette véritable propagande prépare les propriétaires ruraux à l’obligation de se raccorder au réseau collectif.

Un Maire commente l’extension du réseau dans sa commune et semble se féliciter que cela permette de nouveaux raccordements… Traduisons plus d’urbanisation et plus de taxes…

Il est clair que les autorités cherchent à instaurer un préjugé favorable au tout à l’égout en zone rurale.

Mais si le particulier a un système d’épuration individuel conforme, on lui oppose le principe du raccordement obligatoire, et pour museler ses réticences, on invoque L’article L1331-1 du Code de la Santé Publique selon lequel tout immeuble desservi par le réseau d’assainissement collectif doit y être raccordé dans un délai de deux ans à compter de sa mise en service. Point barre. Pas d’articles réservés au bon sens, le porte-monnaie est ouvert à tous les vents de la semeuse.

En écho du silence imposé, aucun droit de savoir ne semble relayé par les médias, ou de droit de réponse traduit le cas échéant devant les tribunaux. Raccordés et non raccordés n’ont plus qu’à se résigner avec la désagréable sensation d’y perdre au change, sans autre explication vraisemblable que l’ambition hasardeuse des politiques à terrasser nos campagnes.

La sacrosainte qualité des eaux est le leitmotiv qui justifie ce passage en force. Mais comment se sentir impliqué devant tant de gaspillages ? Et puis le flou dans le paysage sanitaire est trop parfait. Les questions qui fâchent restent tabous et les médias frileux ne semblent pas décidés à se mouiller en zone humide.

En effet, on est en droit de se demander si la contamination de nos ruisseaux et le verdissement de nos plages justifie des efforts demandés aux propriétaires de résidences, et, en corollaire, si les causes de pollutions sont combattues en proportions de leurs impacts sur l’environnement. Le code de la santé publique vise-t-il les principaux coupables, et quels sont-ils, d’ailleurs, et en quelles proportions ? Enfin, cette débauche de canalisations suceuses de taxes va-t-elle vraiment rendre à nos eaux leur vie d’avant remembrement ? Cochez Non à chaque case, bien évidemment !

Avant d’aller plus loin, voyons ce qui se passe sur le terrain :

Des canalisations posées de manière anarchique et, à tant qu’à faire en zones humides, jusque sur le secteur NATURA 2000, tout ça sans géologue, sans étude d’impact. Les pompes de relevage installées comme par hasard en plein dans les sources. Des travaux menés tambours battant, peut-être pour ne pas alerter l’opinion ou forcer le regard des autorités sanitaires.

Ici, le chemin creux de Toul Broch a été défoncé pour faire le lit des canalisations qui aboutissent à la source. Là, profanations des sources christianisées de St Samson à Plouézec et de St Jean à Penhoat ! Etc.

             

Du côté de Traou Lan, les riverains vigilants ont fait stopper les travaux au vu des dégâts infligés à la nappe phréatique et d’un empiétement sur une propriété. Les travaux étant figés, on peut voir jaillir le flot sourcier… Il s’avère que ces travaux intempestifs sur le socle rocheux affectent à tout coup la nappe phréatique et la drainent le long des conduites vers les pompes de relevage. L’installation n’étant jamais étanche, les eaux sourcières sont immanquablement contaminées. Imaginez le résultat lorsque les pompes tombent en panne !

              

Le pétrole et l’eau courante nous ont fait perdre la notion de la véritable valeur de la vraie eau, celle que nos ancêtres honoraient depuis 60 000 ans…

Un chef de travaux m’a confié : « On n’est pas toujours fier de ce qu’on fait »

Un ouvrier a dit sur St Jean : «Après, ce qui va au ruisseau, c’est plus notre problème »

Alors pourquoi tant de remous dans nos eaux sales ? Si la collecte va de soi en zone urbaine, on peut se demander en revanche quels intérêts il y a à l’imposer en campagne, dans la mesure où sa priorité est discutable, que cela pose des problèmes environnementaux, et que de surcroît ça aggrave le caractère polluant d’une station réputée inefficace. Quelles raisons y aurait-il à opter pour un réseau de collecte des eaux usées rurales plutôt que préserver un système d’assainissement individuel qui a fait ses preuves ?

En effet, en zone rurale ou pavillonnaire, il y a assez de place pour le lagunage ou la fosse septique (10 m²/personne). En outre, le système d’épuration individuelle ne consomme pas d’énergie, ni de personnel d’entretien. Il est soumis à l’autodiscipline de son usager qui a tout intérêt à maintenir un système efficace et contrôlable. Et quand le ruisseau ou le tout-à-l’égout engage trop d’inconscients à balancer n’importe quoi dans la nature, qui se hasarderait à le faire dans son propre exutoire ?

Aucune explication n’est donnée à ce choix venu d’ailleurs. Aucun bilan comparatif entre le système de l’épuration individuelle et la station collective n’est  fourni.

Pourtant, il est notoire que les principales causes de pollutions des eaux proviennent d’abord des rejets des stations et des élevages. Et pendant que l’on cherche à augmenter la capacité de collecte vers ces stations aussi coûteuses qu’inefficaces, on occulte les rapports d’IFREMER, on étouffe au passage le scandale de la pollution de l’étang du Danet par les lagunes de Kerfot, ou celui de Vau Durand qu’on n’a pas les moyens d’assainir, etc. Minces illustrations d’un système complètement obsolète. Ça ferait désordre d’en faire état et d’aller interdire la pêche et la baignade, alors qu’on ramifie leurs tubes collecteurs au fond de nos campagnes.

Ne serait-il pas plus logique de réformer en premier lieu ces stations insalubres au lieu de déployer tous azimuts des tuyauteries pour leur fournir encore plus d’eaux sales ? Oui, mais pour en financer le coût, on préfère mettre la charrue avant les bœufs, et faire payer d’avance à l’usager un système qui ne remplira jamais sa mission. De plus, les canalisations sont sous-dimensionnées pour raisons d’économie, et le cancer de l’urbanisation rurale ne manquera pas de saturer très rapidement le système. Le serpent se mord la queue d’autant plus que les collectivités, très loin d’être à la hauteur des grands enjeux, ne semblent pas vouloir s’attaquer aux causes profondes, au point que dans ce contexte, le Préfet lui-même accorde une dérogation à l’installation des porcheries industrielles !

En résumé, bien que les rejets municipaux et agricoles soient les principales sources du problème, on augmente paradoxalement la capacité de collecte des eaux usées particulières, laquelle se confond au bout du compte avec une collecte de taxes.

Court-circuiter le système d’épuration individuel vers les stations collectives n’est pas une réponse adaptée à un problème environnemental global, puisqu’on pollue les nappes à la source tout en aggravant le potentiel de pollution des rejets collectifs. Cette solution ne fait que grossir le malade avec sa maladie.

Faute de cohérence et de volonté, les moyens manqueront toujours et les résultats feront défaut. D’ailleurs, au vu des solutions adoptées à-la-va-vite, il semble qu’aucune étude n’ait été prise en compte pour estimer les parts de responsabilité respectives dans l’écocide et la pollution des eaux.

L’état sanitaire déplorable de notre environnement exige des mesures pertinentes proportionnelles aux causes. Alors, si le constat n’étonne personne, on se demande quel enjeu vaut d’expédier des blindés pour assiéger les maisons particulières. En effet, si la pollution est relayée largement par les médias, le tabou est de mise lorsqu’il faut en détailler les tenants et les aboutissants : Le remembrement, l’urbanisation côtière incontrôlée. En somme l’érosion, la pollution agricole et urbaine sabotent notre territoire et bouleversent notre climat. Si l’hebdomadaire local fait l’apologie des restaurations des sources et lavoirs à côté de sa rubrique des chiens écrasés, il censure l’analyse de leurs algues vertes. Et lorsque le bon Préfet des champs se hasarde à publier une note trop embarrassante pour certains acteurs, il se fait taper sur les doigts (cf. eaux & rivières de Bretagne).

Personne, de ce fait, n’est éclairé sur la pertinence du système qu’on nous impose. S’en prendre au contribuable, quelle que soit sa part de responsabilité, est facile, car lui, comme l’automobiliste, est l’otage idéal. Les fosses septiques ne rapportent rien à l’état, la preuve en est que celui qui refuse le raccordement se voit taxé comme s’il était raccordé…

De leurs côtés, paysans et  collectivités, enlisés dans leurs lisiers, n’ont ni les moyens, ni la volonté de combattre la pollution qu’ils génèrent.

Les causes principales de la pollution chimique et microbiologique des eaux :

Déchetteries sauvages et institutionnelles, installées en zones humides et qui percolent dans les nappes et ruisseaux.

– Epandages.

– Elevages intensifs dont les lisiers, fientes et bouses vont aux ruisseaux.

Déchets utilisés pour amender les cultures et qui persistent dans le sol.

– Effluents municipaux (bassins décanteurs de collecte des égouts), industriels et agricoles, purges sauvages.

– Érosion du sol, remembrement, destruction des bocages, cultures intensives & urbanisation sauvage, détruisant le sol avec son pouvoir d’épuration biologique.

                   

Si toutefois les fosses septiques délictueuses constituent une part, probablement minime, de la pollution microbiologique, ce n’est pas tant cet élément qui doit être pris en compte plutôt que la perte de capacité d’épuration naturelle des sols, talus, ruisseaux et chemins creux, largement bitumés par les communes ou copieusement empoisonnés, ou méticuleusement détruits depuis 50 ans par les mercenaires de l’agriculture intensive.

                                      

Dans les considérations qui justifient le choix collectif («programmes d’actions 2012-2017 sur la reconquête de la qualité de l’eau»), on peut chercher en vain le chapitre censé établir les relations entre le constat et les solutions adoptées en proportion des causes.

Dans les faits, il y a disproportions et incohérences entre les effets et les solutions. Les relations de causes à effet ne sont pas quantifiées, les solutions sont coûteuses et inadaptées, ou restent en friches. D’un côté, on taxe le particulier, de l’autre on « accompagne » le monde agricole, incapable de se libérer d’un productivisme boule de neige. Autant mettre un emplâtre sur la jambe de bois d’une PAC quinquagénaire de plus en plus bancale…

En résumé, on déplore la pollution, on en dénonce certaines causes, mais sans les quantifier, et on préconise des solutions plutôt favorables aux groupes d’intérêts et de monopoles…

Si le résultat escompté sur la qualité des eaux n’est pas en proportion des efforts demandés au particulier, alors celui-ci peut légitimement se demander à qui profite le crime

La grande différence entre le maillage de l’épuration individuelle et le système du tout-à-l’égout, c’est que le marché du premier est privé par nature, et celui du second est public, avec toute la transparence qu’on imagine…

Il n’y a jamais eu autant de financements de bureaux d’études et de campagnes de travaux pilotés par des sociétés comme VEOLIA ou SUEZ ENVIRONNEMENT, lesquelles, avec les TP sous-traitants, envahissent les campagnes avec leurs blindés pour tenter de remédier à leurs difficultés économiques. De là à penser qu’on force les bonnes mains, quitte à les guider par les suggestions des bureaux d’études, il n’y a qu’un pas… Si j’avais une telle société, je l’appellerais ATTILA ENVIRONNEMENT…

En fait, pour certains intérêts, il ne s’agit pas spécialement de régler le problème de la pollution ou de la fonte des neiges, dont les racines plongent très profondément dans les rouages politico-financiers de la mondialisation, mais plutôt d’en vivre, au mépris d’aggraver la situation :

Ça coûte plus cher : Les tuyaux, la maintenance, l’énergie électrique, et toutes les dépenses annexes qui contaminent immanquablement les marchés publics.

Ça n’améliore pas la qualité de l’eau, bien au contraire :

– La nappe phréatique est contaminée à sa source. On n’est pas près de voir les anguilles revenir…

– On ne dit pas si les milliers de km de tuyaux plastique larguent des poisons supplémentaires.

– Alors qu’une épuration individuelle diffuse sur tout le territoire, la solution collective concentre tout sur un ruisseau et un secteur côtier. La dernière épidémie d’hépatite A n’est pas la dernière, ni la plus sérieuse, quoi qu’on en pense.

– La station lambda n’est pas conçue pour traiter les produits chimiques et les médicaments retrouvés de plus en plus dans la chaine alimentaire, d’autant que le concept de station « à tout faire » encourage les individus à se dédouaner du tri de leurs déchets liquides. En réalité, sa capacité d’épuration étant limitée, il faudrait des usines de traitement réservées aux produits dangereux, mais comment l’imaginer dans un système à bout de souffle ?

Ça n’est pas « durable » : Un système intégré est fragile. La moindre crise financière, sociale, la moindre panne, le moindre conflit éventrera ce paquebot immobile débordant de poisons. C’est l’équivalent d’une marée noire terrestre en suspend. Même la mer qui a si bon dos en ces temps troublés ne pourra pas tamponner plus longtemps cette marée insalubre.

La grande source des pollutions est bien d’origine sociale et politique. On ne peut s’empêcher de se rappeler comment on en est arrivé au remembrement, aux OGM, etc. et ce à notre insu, suite aux études de technocrates téléguidés, sans une véritable vision d’avenir qui tiendrait compte des intérêts non quantifiables de l’environnement et de l’écosystème.

Pourtant, c’est possible : Ailleurs qu’ici, il semble qu’on adopte avec succès des alternatives où s’impliquent politiques et paysans. Une politique cohérente devrait plutôt ne pas remettre en question l’assainissement individuel, rendre à la terre et aux zones humides leur capacité d’épuration naturelle, réformer les stations d’épuration obsolètes, notamment pour les zones à forte densité urbaine, et organiser le  tri sélectif des liquides sensibles.

Le remembrement a fait un emprunt énorme à l’environnement, il a fait la fortune des grands groupes d’intérêts, et il devra être remboursé mille fois par les contribuables, à défaut de rendre à  l’environnement son âme et sa vie, et ressusciter les milliers d’espèces exterminées pour la cause.

Mais ce qu’on doit désormais qualifier de « Démembrement » perdure : Vu du ciel, tels de gros parasites mutilant la Terre, on voit les engins agricoles progresser à grands renforts de blindés flanqués d’écussons verts. L’urbanisation annoncée par ces armées annexe les meilleures terres, et l’espace réservé à la vie se réduit de plus en plus…

Il n’y aura plus qu’à espérer le déluge, puisque tempêtes, cyclones et ouragans ne suffisent pas à nous ouvrir les yeux sur cette noyade collective.

Dr JC Jestin

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