Hent Don : Tous les Chemins creux mènent au déluge

Le chemin creux (Hent Don en Breton) est, comme l’indique son qualificatif, un fossé de communication, profond de 1 à 3m, bordé de haies. Ses parois sont de roches ou bien de terre, alors renforcées généralement de murets,  aménagées et entretenues pendant des milliers d’années par les paysans et les communes. J’ai bien dit « pendant », et non pas « depuis », car depuis 50 ans (date d’inauguration de la PAC) les chemins creux sont « déclassés » et exposés au pillage, et, comme les vrais paysans, et la vie rurale, sujets à l’extinction…

C’est une voie naturelle empruntée par bêtes sauvages, domestiques, humaines et, surtout, par l’eau, dans les régions de bocage, car le Hent Don est avant tout un ruisseau !

Ces allées ancestrales reliaient entre eux, parcelles agricoles, villages, hameaux, fermes et rivages. Constituant le réseau naturel de drainage sourciers et pluvial, ce sont les activités humaines qui, de ce fait, se sont articulées autour de ce réseau naturel de service, et non le contraire.

Le Hent Don est l’ossature de nos bocages, le vivier de nos terroirs, le fond de commerce d’une agriculture durable…

Son espace clos humide fait office de couveuse climatisée, précieuse pour la biodiversité locale. Il joue un rôle vital de corridor biologique et même de réseau écologique assurant la survie de nombreuses espèces, dont il permet la circulation entravée par les routes.

Sa coupe en godet découle de sa fonction de drainage pluvial et sourcier. Ses flancs arborés participent à la régulation des écoulements pluviaux et de la force du vent. Et s’il n’était pas toujours commode d’emprunter le Hent Don par temps de pluie, marcher sur le flot de ce vaisseau nourricier inspirait au pèlerin gaieté et reconnaissance.

Les chemins creux sont associés à une véritable « forêt déroulée », ultime refuge pour tout ce qui est poursuivi et persécuté par le déboisement et l’urbanisation. Ils sont aussi un rempart naturel contre le vent et l’érosion.

Enfin, à ce patrimoine archéologique, socioculturel, paysager, agro-environnemental et écologique s’ajoute à présent une vertu éducative à travers le loisir des randonnées.

Mais toutes ses qualités vitales en font une belle cible pour un cancer…

Les estimations productivistes d’ingénieurs salariés, émissaires des lobbies agroalimentaires et industriels, ont entraîné la disparition de beaucoup de chemins creux pour plusieurs raisons :

–         Leur arasement et comblement permettaient de réunir les parcelles au profit des gros engins, instruments d’une agriculture productiviste à outrance.

–         L’état et la PAC européenne ont subventionné l’élevage et la monoculture intensifs aux dépens des structures traditionnelles, et ce au profit des lobbies internationaux.

–         Enormément de chemins creux ont été -et sont encore- annexés, bitumés et busés par l’urbanisation.

–         Etc.  (cf.  « Talus : Holocauste d’Armor »)

Le remembrement (années 1970-1990) a donc été la première cause de leur dévastation. Sa politique a précipité l’érosion des sols, les inondations et sècheresses induites par la dérégulation des écoulements pluviaux et des vents, ainsi que d’une augmentation de la pollution des nappes et eaux superficielles. Les premières tempêtes d’équinoxe ont d’ailleurs frappé Paris de façon surprenante dès 1974-76. Les sacs plastiques semés par un vent en cavale enluminaient pour la première fois les arbres et les toits d’Ile de France. Des millions de tonnes de limon fuient en permanence vers les ruisseaux et les rivières, dont les crues graves et récurrentes sont rangées dans les faits divers banalisés…

Là est le véritable point de départ des fléaux environnementaux, que l’on persiste à occulter depuis 40 ans. Les dégâts sont aujourd’hui incalculables…

Bien que la conservation et la restauration des chemins creux soit une priorité pour la pérennité des campagnes, on constate que rien n’est fait pour endiguer une véritable hystérie destructrice de notre patrimoine vital. On prétend vouloir préserver leurs reliquats… Une charte exprime la volonté de recensement des haies et bocages en Côtes d’Armor, et en précise les modalités, mais cet engagement pieux pondu dans les années 1990 n’est qu’un effet d’annonce de la chambre d’Agriculture, repris les yeux fermés par le conseil général en 2008 dans la « Législation des chemins de randonnée » (p.27). Et si vous observez la campagne vous verrez que l’arrêté préfectoral 2009 n’est respecté que par une faible minorité de « paysans » respectueux…

On peut remarquer au passage que leur fonction de servitude d’écoulement des eaux semble singulièrement ignorée par les juristes spécialisés, car elle pourrait trahir la faiblesse des fondations juridiques hâtives qui ont visé ces chemins incompris, mais inestimables, et dénoncer le préjudice qu’ils ont subi, en particulier depuis leur déclassement vers le domaine privé après les années 50, sans doute en prévision du remembrement.

Ainsi, le remembrement et l’urbanisation anarchique seraient fondés sur des manœuvres « juridiquement discutables », comme la privation, les troubles d’usage, ou la destruction de milliers de pompes, sources, lavoirs, ruisseaux, moulins et chemins creux…

Il faut se rendre à l’évidence : Les Hent Don gênent. Des exploitants persistent à les détruire en douce avec leurs engins de plus en plus puissants, et ensuite, empêtrés dans cette spirale infernale, ils se lamentent du prix excessif des poisons phytosanitaires. Peu cherchent à se sevrer de cette addiction…

Nos enquêtes confirment que le déclin amorcé par le remembrement est accentué par une caste d’affairistes et de politiques, incapables de concevoir un système d’intérêts qui s’accorde avec le bon sens et la morale…

Dr. JC Jestin.

Le chemin rural, nouvelle vitrine des campagnes ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chemin_creux

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