Eaux poisseuses (enquête)

« Remonter aux sources, c’est aller vers l’avenir ; suivre le cours de l’eau c’est retourner au passé »

 

Un hebdomadaire local relate une mortalité de poissons survenue dans un étang local, et, sur la même page, il vante la qualité de l’eau potable en Côtes d’Armor… Poissons d’avril !

Selon les riverains, l’hécatombe a duré du 20 mars jusqu’au 1er avril 2012. Mon association a donné l’alerte et fait des prélèvements le 1er avril. Ultérieurement, personne n’a  semblé vouloir instruire la plainte, ni financer les analyses, que ce soit l’ONEMA ou même le conservatoire du littoral, propriétaire de l’étang…

Le St Samson qui alimente cet étang naît principalement de la confluence de deux ruisseaux qui encadrent le domaine du Roscoat et délimitent les trois communes de Pléhédel, Yvias et Plouézec. Il s’écoule ensuite du Sud au Nord pour alimenter l’étang du Danet, et se jeter enfin dans la baie de Beauport.

Son parcours est encadré par la dorsale oblongue de Kerfot à l’Ouest et par le relief de Plouézec à l’Est. De nombreuses et belles sources, et leurs ruisseaux viennent le grossir au fur et à mesure. Un dernier ruisseau prenant ses sources sur Plouézec le rejoint en contrebas de l’étang du Danet.

La mortalité de poissons ayant affecté cet étang est vraisemblablement due à un problème environnemental. L’absence de lésions apparentes, les circonstances et le caractère brutal et exceptionnel de cette hécatombe plaident en faveur d’une pathologie environnmentale.

Le Poisson effraie quand il n’est pas frais…  Hi hi hi… excusez-moi, je n’ai pas pu m’en em-pêcher…

Donc…

A mon sens, il y aurait trois causes possibles.

– La plus probable est lémanation toxique de la zone de décantation des égouts de Kerfot, située en aval de l’ancien moulin du Correc. Ses bassins constituent un système « décanteur – digesteur », de faible volume et de conception dépassée. Les basses températures en diminuent le métabolisme microbien, lequel ne peut plus contribuer à la dénitrification des eaux sales. L’augmentation irraisonnée de l’urbanisation en amont fait passer ce système de l’inefficace au toxique… ce qui en fait un véritable égout à ciel ouvert qui pollue le St Samson, à tel point que ses odeurs sont parfois perceptibles dans la vallée.

Depuis plusieurs années notre association dénonce d’ailleurs la situation de l’écosystème au plan hydrologique, et ce dans tous les bassins versants bretons, et malgré les versions officielles flatteuses dont certains médias assurent la propagande.

En réalité, Kerfot urbanise à tout va, comme beaucoup d’autres, sans se soucier des contraintes sanitaires, ni de l’impact environnemental, et pour épurer ses égouts, s’appuie impunément sur la zone humide du littoral pour la qualité de système lagunaire qu’il offre gratuitement. C’est le même scénario pour les marais protégés de Trestel, par exemple… Il serait intéressant de savoir si et quand une intervention a eu lieu au niveau de ses bassins décanteurs (chasse, pompage éventuel des boues et purge…) et si un BSDI (*) a été émis. Plouézec fait de même rue de l’étang, mais ses effluents arrivent en aval du Danet, directement dans la lagune et l’étang de Beauport.

              

– En deuxième lieu on pourrait soupçonner un rejet d’origine agricole. La Serre installée à Kerogel, à l’Ouest de la départementale semble avoir fait des travaux (dont le caractère légal pourrait être considéré) dans le lit du ruisseau affluant au St Samson. Cette serre semble la seule sur le cours du St Samson. Il conviendrait de faire l’inventaire des produits phytosanitaires utilisés par cette serre.

Il faut savoir qu’une Serre détourne une grande quantité d’eau à son profit (~300 à 500 m3/j), par forage et par prélèvement dans le ruisseau, et consomme environ 3 fois plus de pesticides qu’une culture classique, que toutes les serres sont installées en zones humides et qu’elles rejettent leurs effluents directement aux ruisseaux.

Ceci étant, les traitements par pesticides et défoliants sont monnaie courante, notamment en bords de ruisseaux, la loi nitrates et polluants n’étant respectée que par une fraction minoritaire d’exploitants vertueux. Cette hypothèse pourrait être recherchée, surtout en cas de forte pluie ayant précédé le sinistre.

Plusieurs corps de fermes en bord de ce ruisseau pourraient être sujettes à enquête si l’analyse de laboratoire sur les poissons morts incrimine des produits phytosanitaires ou des épandages de fertilisants. Un inventaire des produits utilisés par ces exploitations serait également indiqué. Du « QUARTZ GT » (BAYER) et du « CHAMOIS » (PHILAGRO) ont par exemple été trouvés en pleine zone sourcière à Roscoat (avril 2012, voir rubrique scandales)…

    

On doit cependant garder en mémoire que 30% de la pollution par les pesticides sont générés par les particuliers et les services techniques municipaux.

Notre département ne sait plus que faire des déchets d’élevages concentrationnaires (800 porcs/km²). Comme ce n’est pas le cas sur ce mini bassin versant, on voit donc que la concentration humaine la relaye largement. Il ne faut donc pas inculper seulement le monde agricole en matière de rejet de purin et de pesticides.

– A noter la casse automobile de Pont Cadiou qui est installée sur une zone sourcière, mais qui est aux normes, contrairement aux 9/10ème 

Plus généralement, un nombre incalculable de décharges sauvages et officielles, disséminées le long des ruisseaux, distillent leurs poisons enfouis, et ce pour plusieurs centaines d’années.

Dans cette rubrique « déchet » il faut inclure les cultures installées en zones humides, soigneusement drainées et comblées par des issues de déchetteries, comme ce champ au sud du carrefour de Pont Cadiou, dont la terre est truffée de plastiques. Ces cultures polluent directement nos assiettes en plus de l’écosystème.  A noter également une décharge sauvage (entreprise Le Guillou) à l’ouest de Pont Cadiou, qui ne fait l’objet d’aucune mesure par la mairie de Plouézec en dépit de nos alertes. Etc.

  

– Les eaux de lessivage des hydrocarbures routiers sont entraînées aux points bas de la chaussée, logiquement points de croisements hydrologiques. Seules les autoroutes sont équipées de bassins séparateurs ; toutes les routes de France drainent ainsi quotidiennement des centaines de m3 d’hydrocarbures dans les rivières. La pluie lave environ 5 ha de bitume en contrebas du Tumulus et de Kerogel. Le secteur de Poustoulic étant « déglacé» vers le Quinic… Le futur échangeur de Kerfot, imposé par un décret « d’utilité publique » va aggraver considérablement la charge sur l’écosystème local. Notez que c’est avec le même aveuglement coupable que les chemins vicinaux, pourtant si précieux aux plans hydrologique et patrimonial, sont bitumés. Aucun chemin de pétrole ne mène à la sagesse…

– Des arasements de talus à grande échelle sont réalisées depuis dix ans en côtes d’Armor (500km de talus disparaissent annuellement). Une coupe en bord de ruisseau peut entraîner les solvants de la sciure, nocives pour la faune aquatique. Et ne parlons pas de l’huile de chaîne…

L’intensité des coupes a pris d’ailleurs un rythme tel qu’elle s’assimile à un remake du remembrement.

Mille mètres de talus recèle environ 600 arbres nobles, soit 300 milles arbres abattus par an et par département !

De plus, la disparition des talus à grande échelle aggrave les phénomènes de ruissellement et de diffusion des toxiques en plus de contribuer à affecter les qualités d’assainissement et de réserve des bassins versants et des zones humides.

– L’urbanisation cancéreuse de nos campagnes, ayant épuisé les capacités d’accueil de nos bourgades, rogne à présent le stock précieux des zones humides et des meilleures terres… Le bitumage des sols, allant même jusqu’aux chemins vicinaux, et le busage des fossés accélèrent encore l’évacuation des eaux qui n’a plus le temps de stagner et décanter dans les douves.

CONCLUSION

On voit bien que le problème des Nitrates n’est que la partie émergée de l’iceberg… Cette hécatombe oblige à ouvrir les yeux : Non seulement les écosystèmes de nos rivières et de nos rivages sont détruits aussi sûrement que les talus, mais qu’ils le sont méthodiquement et délibérément par l’application politique de concepts morbides  qui n’ont de raisons autres que des intérêts financiers, que ce soit ceux de VEOLIA, des promoteurs, d’une agriculture sans éthique et, plus généralement, de toute une société égarée, dont l’éphémère prospérité est fondée sur le pillage de l’environnement et la destruction de son écosystème…

Bien que la France –et tout particulièrement la Bretagne- ait été mise à l’index par l’Europe pour la mauvaise qualité de ses eaux, cet exemple est une illustration typique d’un désastre écologique sans précédent, et ce, sur toute la Bretagne en général, et le département en particulier. Ainsi nos rivières sont devenues de véritables égouts. L’eau puisée pour notre consommation doit être traitée de plus en plus, et revient ainsi de plus en plus polluée aux rivières et à la mer (exemple de la station sur le Leff, située en aval de nombre de décharges et d’égouts communaux)…

Je soutiens que la politique de retour au « bon état écologique des rivières», pensée par nos technocrates et appliquée sans discernement par les politiques, est d’une grande hypocrisie, inepte et suicidaire…

Le coût de la dépollution est largement supérieur au coût de la reconversion vers l’agriculture durable, mais on ne le fait pas. Ça coûte en effet moins cher (à court terme) de payer des amendes à l’Europe et d’étendre le remembrement aux rivières. En effet, détruire les talus pour se chauffer écolo, et ensuite casser les déversoirs des moulins parce qu’il n’y a plus d’eau, tout cela relève autant de la restauration imaginaire de l’écosystème des rivières que d’une démagogie sournoise, stupide et honteuse.

Paimpol, le 15 avril 2012

Dr JC Jestin, Vétérinaire

(*) BSDI : Bordereau de Suivi des Déchets Industriels.

« Les humains ne pensent pas que les troubles dont ils se rendent coupables auront des conséquences bien au-delà des actes que leurs mauvais instincts leur inspirent. Une guerre, par exemple, est déjà par elle-même quelque chose de terrible, mais ses conséquences ne se limitent pas aux ruines ou au nombre de cadavres laissés sur le sol. Les pensées et les sentiments de haine qui ont conduit à ces massacres continuent à alimenter dans l’espace des courants destructeurs. Ces courants empoisonnent l’atmosphère psychique et attisent d’autres foyers de guerre.      
Alors, tâchez de prendre conscience que vos pensées, vos sentiments, vos actes ne produisent pas uniquement des conséquences à un moment donné, dans un lieu donné. Dans le monde invisible ils provoquent des forces, bénéfiques ou maléfiques, et on ne sait pas jusqu’où et jusqu’à quand ces forces agiront. »
Omraam Mikhaël Aïvanhov

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