Saumon d’Avril

Il est notoire que le remembrement est à l’origine d’un désastre majeur. L’actualité le confirme chaque jour. Ses effets délétères sont loin d’être recensés.

Comme il a été pondu par des ignares au service d’un système déjanté, il serait naïf de penser que les décideurs en aient tiré plus de leçons que de ficelles…

Même la charte de l’environnement, inspirée par le cataclysme en route, semble susciter peu d’espoir, tant les décisions collectives bravent son principe de précaution.

En effet, depuis plus de dix ans, 2000 km de talus disparaissent encore chaque année en Bretagne. Le seul avantage, c’est qu’on peut enfin voir ce qu’ils masquaient jusqu’alors : des mornes plaines, épluchées par le vent, délavées par la pluie, dont les pentes exonèrent des diarrhées boueuses vers les rivières. La sécheresse, la pollution, les atteintes à l’écosystème, les anomalies climatiques, tout ça ne semble pas engager ces engeances à cesser de piller Terre et Mer.

Bien au contraire…

Mais que faire quand la machine infernale s’emballe ?

Les mêmes énarques, drones politico-financiers, ont imaginé une loi invoquant l’alibi de « continuité écologique des rivières ». En somme, le remembrement a fait tellement de dégâts qu’au lieu de réparer, ou tout au moins de stopper cette hystérie de nivellement, ils s’imaginent que l’arasement des biefs et des déversoirs va inciter les poissons à revenir aux cours d’eaux déréglés par les exactions terrestres.

Louis Nicolas, fils de meunier, 87 ans, s’inquiète pour son « Milin Flotère ». On s’attaque déjà au déversoir du Houel en aval. « Pourtant, dit-il, si nos ouvriers ne voulaient pas manger de saumon plus de 3 jours par semaine, c’est que ce poisson passait aisément les déversoirs, et que l’eau était propre ». Mais ces témoins disparus avec les moulins et les poissons ne peuvent se défendre, ni aider à dénoncer l’inconscience ambiante. Les prétextes qui remettent en question les traditions séculaires ont toujours préparé de belles catastrophes…

Ayant délogé la vie des bocages, renforcé par ses dégâts collatéraux, telle une pandémie, le remembrement se répand dans nos rivières…

En somme, on aggrave délibérément une erreur historique, histoire de ne pas remettre en question la catastrophe en route… Bien que l’on en perçoive les conséquences, on se demande si un tel acharnement ne relève pas d’une euphorie maladive. Ça me rappelle cet hurluberlu, à qui le médecin avait demandé pourquoi il s’était jeté nu dans un massif de cactus mexicains… Il répondit : « Parce que l’idée m’avait tenté »…

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